La montagne 7 mai

La famille Bruny est propriétaire du château de Chazeron, près de Loubeyrat (Puy-de-Dôme), depuis plus de cinquante ans. Un monument qu’elle tient « à bout de bras ».

«Ce n’est pas Chazeron qui nous appartient, c’est nous qui appartenons à Chazeron ». C’est par ses mots qu’Isabelle Bruny et son frère Raphaël résument leur amour fou pour le château de Chazeron, près de Loubeyrat. L’ancienne forteresse est en effet une propriété familiale depuis plus de 50 ans.

Le pari du rachat en 1965

Tout commence en 1965 lorsque leur père Roger, alors jeune architecte, rachète le monument avec son collègue Michel Mangematin lors d’une vente aux enchères. Tous les deux veulent alors créer leur agence au sein d’un centre culturel. Une décision qui surprend alors toute la famille Bruny.

« Il avait envoyé une carte postale du château à ma mère, se souvient Isabelle. C’est comme cela que l’on a été prévenu. Nous nous sommes posé beaucoup de questions. Nous n’étions que des enfants ». « S’il avait pu acheter une île, il l’aurait fait », ironise Raphaël.

À l’époque, Roger surfe sur la volonté des pouvoirs publics de protéger le patrimoine. « Malraux, qui voulait sauver les monuments historiques, avait mis en place une défiscalisation pour tous ceux qui investissaient dans leur restauration » explique Raphaël Bruny.

patrimoine salle de reception

De multiples interrogations de ses proches sont dès lors nourries par le très mauvais état du château. Si Pierre Laval signe lui-même son classement aux Monuments historiques le 2 juin 1944, cela n’empêche pas ses propriétaires, Messieurs Coulon et Gras, d’arracher et de scier des arbres âgés de plusieurs siècles.

Le duo a déjà eu le temps de vendre ou détruire boiseries, plaques de cheminées, miroirs Saint-Gobin, balustrades en pierres ou encore grilles en fer forgé du parc, avant la guerre. « Une vraie catastrophe » aux yeux de Raphaël.

Une longue histoire

Étudiant aux Beaux-Arts et jeune architecte dans les années 1970, Raphaël n’est pas étranger à la restauration du site. « J’ai reconstruit avec des copains le donjon sud, réalisé la maçonnerie, mais aussi retapé une tour du XVIIIe siècle ».

La volonté est forte car le château renferme tout une histoire, notamment avec sa transformation en prison politique par le régime de Vichy, en 1942, lors du célèbre Procès de Riom. Ainsi, Léon Blum, Georges Mendel, le général Gamelin, Édouard Daladier et Paul Raynaud seront enjôlés entre ses murs avant ce procès.

Mais c’est aussi son plus lointain passé qui est emmuré dans ses vieilles pierres. Une légende veut qu’un culte gaulois se déroulait sur la butte où il a été construit, et dont le menhir de Loubeyrat serait le témoin. « C’est difficile de confirmer cela mais il est vrai que les Gaulois se plaçaient sur les points les plus hauts pour se défendre ».

raphael Bruni

Selon les archives, il est fort probable que le château ait été construit au XIe siècle par le seigneur Guillaume de Chazeron. Celui-ci avait notamment participé au siège de Tripoli (1102) lors de la première croisade.

Très longtemps dans une logique défensive, le château se transforme en demeure au XVIIe siècle. Des changements notables qui ont surtout vu le jour avec le marquis François de Monestay-Chazeron, personnage très important puisqu’il a dirigé la garde rapprochée de Louis XIV. Homme de confiance du Roi Soleil, ce brillant militaire sera même décoré de l’Ordre du Saint-Esprit (l’équivalent de la Légion d’Honneur).

Voir l'article en entier : http://www.lamontagne.fr/loubeyrat/patrimoine/2017/05/07/la-famille-bruny-nous-appartenons-a-chazero...